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À la découverte de Luis Hurtado de Amézaga

28/07/2021 Entretiens

Luis Hurtado de Amézaga est le directeur technique de Bodegas Herederos del Marqués de Riscal. Il appartient à la sixième génération de ce légendaire domaine viticole de la Rioja, qui a plus de 160 ans d'histoire, mais cette position ne lui a pas été transmise par héritage. C'est un homme hautement qualifié qui a même acquis de l'expérience dans des endroits tels que le célèbre Château Margaux à Bordeaux, et c'est l'une des personnes qui connait le mieux la variété Verdejo. Apprenons-en davantage sur Luis Hurtado de Amézaga, qui a beaucoup de choses à nous raconter.


- Que représente le vin pour vous ?

Une grande tradition familiale et un bon moyen d'exprimer la richesse naturelle des lieux où j'ai grandi. Le vin est l'histoire des civilisations, de la culture et la meilleure façon d'apprécier la gastronomie.

- Vous êtes né entouré de vignobles et de vins. N'avez-vous jamais pensé à vous consacrer à autre chose que l'entreprise familiale ?

Quand j'étais très jeune, j'ai toujours été attiré par le monde des affaires et de la finance, mais une fois que vous avez les mains sales avec le jus de raisin et que vous avez l'expérience de travailler dans une cave pendant les vendanges, vous ne pouvez vous consacrer à autre chose. Élaborer un produit naturel, issu de la terre, avec autant de diversité et qui peut être différent chaque année, est passionnant.
À la maison, nous n'avons jamais été encouragés ou forcés à nous consacrer à ce monde, et mes parents ont toujours été très respectueux de la façon dont nous avons abordé notre carrière professionnelle, je pense qu'ils savaient déjà que c’était une évidence pour certains d'entre nous...

- Votre vie est sûrement remplie de souvenirs liés au vin. Pourriez-vous partager avec nous un souvenir qui vous a marqué et auquel vous tenez particulièrement ?

Je garde un excellent souvenir de ma première expérience professionnelle au château de Perelada, dans l'Empordà. La famille Suqué m'a accueilli comme l'un des leurs et j'ai été très peiné d'apprendre la récente disparition du patriarche Arturo Suqué, qui a su transformer le château en un grand projet culturel, œnotouristique et architectural. Je crois que son fils Javier a su lui donner la continuité nécessaire en développant la marque et la qualité des vins qu'il élabore dans toute la péninsule. Cela m'a également permis de rencontrer José Luis Pérez, de Mas Martinet, un homme incroyable qui m'a appris à ne rien prendre pour acquis et à continuer à expérimenter la viticulture et la vinification. Avec sa fille Sara Pérez et ses frères et sœurs, ils forment l'une des grandes familles du vin.

- Vous représentez la sixième génération des héritiers du Marqués de Riscal. Quelle influence vos ancêtres ont-ils eue sur vous, en particulier votre père, une autre figure importante dans le développement historique de la cave ?

À la maison, nous avons beaucoup de documentation sur l'histoire de l'entreprise qui a conduit à la création de la cave d'Elciego et c'est quelque chose qui m'a toujours impressionné, qu'elle ait été créé dans un siècle aussi turbulent pour l'Espagne que le XIXème siècle. Je pense que c'est quelque chose qui a un double mérite, non seulement en raison de la persévérance dont mes ancêtres ont fait preuve en essayant de consolider le projet, mais aussi en raison de la vision tellement en avance sur son temps de l'orientation que devait prendre le commerce du vin. Quand on fait partie d'une telle famille, on assume une telle responsabilité avec un sens profond du devoir. D'abord par respect et admiration, ensuite parce que c'est un métier et une tradition qui vous passionnent et qui vous épanouissent en tant que personne. Pour moi, mon père a été un exemple clair de cette façon de faire les choses, avec un travail acharné, un apprentissage constant, de la persévérance et de la passion. Et c'est quelque chose qui vous marque pour le reste de votre vie. Il faut apprendre à être patient car ce monde du vin est une course de fond.

- Votre père, Francisco Hurtado de Amézaga, a été un maillon très important dans la création de la D.O. Rueda et on peut dire que vous êtes né pratiquement en même temps que cette appellation d'origine. Vous avez réalisé votre mémoire de fin d'études sur les aptitudes viticoles et œnologiques du cépage Verdejo. Pensez-vous que ce parallélisme ait pu influencer votre intérêt pour ce cépage blanc emblématique de Rueda ?

J'ai passé mes premières années de vie à Rueda et mon premier souvenir réel avec le vin était lorsque je travaillais aux vendanges pour la production de vins blancs Verdejo et Sauvignon Blanc. Après mes études en Espagne, j'ai eu la chance de compléter ma formation en France, et à Montpellier j'ai eu l'occasion de rencontrer le grand professeur Jean Michel Boursiquot, qui était à l'époque le meilleur ampélographe du monde. C'est lui qui m'a proposé de faire une étude approfondie du cépage Verdejo, un cépage peu connu dans le monde mais qui l'a beaucoup impressionné par la personnalité et l'équilibre des vins que je lui ai fait déguster. C'était un homme intelligent, simple, attachant, passionné par son travail et qui m'a rapidement transmis son intérêt pour la découverte de nouveaux cépages, ce qui m'a amené à étudier ce raisin castillan dont le grand Emile Peynaud et mon père sont tombés amoureux au début des années 1970.

- Depuis la création de la D. O. Rueda et la grande acceptation des vins élaborés avec le raisin Verdejo, nombreux sont ceux qui ont « sauté dans le train » du succès assuré par cette popularité. Que pensez-vous qu'un vrai vin Verdejo devrait avoir ? Y a-t-il des caractéristiques ou des qualités de cette variété qui vous captivent et que vous aimeriez partager avec nous ?

Tant que laculture de cette variété ne quitte pas les terroirs graveleux des terrasses du fleuve Duero, classiques de la région de Rueda, verdejo est une variété très polyvalente. Ses vins jeunes ont une intensité aromatique moyenne mais un caractère variétal très marqué, avec des arômes anisés de fenouil et de fleurs blanches. Ce sont des vins avec une bonne acidité, frais et bien structurés, ce qui explique qu'ils se soient très bien adaptés à d'autres types d'élaboration comme le vieillissement sur lies ou en foudres de chêne français. J'ai toujours été impressionné par leur forte personnalité, qui les rend facilement reconnaissables. Les élaborations les plus complexes montrent une grande originalité aromatique et parfois un caractère minéral qui les place parmi les grands vins blancs du monde.
En dehors de ses terroirs traditionnels, il devient un cépage neutre, dominé par des arômes fermentaires et sans grand intérêt. C'est ce qui s'est malheureusement généralisé à Rueda.

- En Espagne, il existe des vins qui sont déjà un symbole de la richesse œnologique du pays et le Marqués de Riscal Reserva en est un bel exemple. Un vin rouge emblématique à la présentation inimitable qui continue d'être vendu avec sa fameuse grille métallique pour le protéger. Comment avez-vous réussi à faire en sorte que ce vin rouge classique de Rioja continue d'être reconnu dans le monde entier et, surtout, qu'il ne se démode jamais ?

Tout est plus facile lorsqu'on est présent sur un marché concurrentiel depuis bien plus longtemps que la plupart des autres et que la marque est reconnue comme une valeur sûre pour sa constance dans la qualité. Mais la réalité est que notre Rioja Reserva est un vin qui s'est très bien adapté aux goûts du marché. Il est donc difficile d'apprécier le changement, mais son style a certainement évoluéau fil du temps. La prédominance du chêne et du vieillissement a été remplacée par un caractère plus fruité et une structure plus agréable en bouche et facile à boire. Cela a été possible uniquement grâce au grand effort de sélection de vieilles vignes que mon père, avec l'aide son équipe technique, réalise depuis plus de 40 ans. Nous contrôlons actuellement 450 ha de vignes plantées avant les années 1970, une quantité que personne d'autre au monde n'est en mesure d'egaler, et quelque chose d'unique pour un terroir comme la Rioja Alavesa, d'où nous nous approvisionnons en raisins depuis plus de 160 ans, toujours dans la même zone. C'est pourquoi notre vin est reconnaissable à son style et ne se démode jamais. Caractère Riscal et caractère Rioja.

- Herederos del Marqués de Riscal n'a pas seulement révolutionné la scène viticole de la Rioja, il a également réussi à révolutionner son paysage. Vous avez l'un des plus beaux domaines viticoles avec l'un des plus beaux hôtels du monde, vous avez réussi à fusionner le vin et l'architecture. Grâce à cela, le tourisme œnologique dans la Rioja Alavesa a augmenté de 35 % au cours de la première année d'existence de la nouvelle cave. Quelles autres satisfactions vous a apporté la promotion de l'œnotourisme chez Marqués de Riscal ?

L'idée géniale de notre président Alejandro Aznar, véritable moteur de la création de la Cité du vin, avec pour principal protagoniste le bâtiment emblématique de Frank Gehry, a été le coup de pouce définitif dont nous avions besoin pour positionner la marque Riscal dans le monde entier. L'impact médiatique, qui dure encore, a fait de nous une marque mondiale capable d'exporter dans plus de 100 pays. Le grand nombre de visiteurs, plus de 100 000 en 2019, a multiplié le nombre d'ambassadeurs de Riscal dans le monde. La vente de vin directement à la cave représente déjà une part importante de nos revenus, et l'ouverture de la cave à tous les amateurs de vin nous a permis de montrer notre philosophie de vinification naturelle et respectueuse, basée sur une sélection stricte des vignobles et une vinification avec le moins d'intervention possible. La meilleure façon pour nous de continuer à nous développer est de permettre aux gens de goûter nos vins sur place, attirant ainsi de nouveaux amateurs de vin.
L'hôtel et ses environs, le spa et le restaurant étoilé au Michelin dirigé par Francis Paniego, constituent l'une des offres œnotouristiques les plus complètes au monde.

- Pionniers dans la production de vins de qualité dans la Rioja, promoteurs de vins blancs dans la Rueda et s'aventurant maintenant dans la production de Txakoli sous la D.O. Getariako Txakolina. Pour tous ceux qui ne sont pas très familiers avec ce type de vin, que pouvez-vous nous dire sur le txakoli et qu'est-ce qui vous plaît dans ce vin ?

Dans le cadre des préoccupations liées au changement climatique, nous expérimentons de nouvelles zones de production dans des terroirs plus septentrionaux, à des altitudes plus élevées ou avec des climats plus frais. Nous avons toujours élaboré nos vins principalement avec des cépages locaux, autochtones et dotés d'une grande personnalité, comme le Verdejo ou le Tempranillo de la Rioja.
Dans ce cas, la variété Hondarribi Zuri répondait à toute la philosophie de la maison et à nos nouvelles préoccupations. Une région plus fraîche, des vins plus acides et une variété locale avec une forte personnalité et un potentiel encore à développer. C'est un cas de grande adaptation à un terroir particulier avec un climat aux limites de la culture. C'est pourquoi nous avons été attirés par ce projet qui représente un défi passionnant pour nous. Ce sont des vins vifs, aromatiquement intenses, avec un bon potentiel de vieillissement.

- Après tant d'années de travail et d'expérience dans le monde du vin et après avoir été l'un des établissements vinicoles les plus appréciés et reconnus sur la scène mondiale du vin. Que vous reste-t-il à faire ? Vous avez encore une épine dans le pied à propos d'un projet que vous auriez voulu ou que vous aimeriez entreprendre ?

Je suis un grand amateur de vins de Xérès et Rueda était l'une des régions où, il y a 50 ans, ce style de vin était produit avec succès. Nous nous sommes essayés à ce type de production sous voile avec le verdejo, mais nous n'en avons jamais été suffisamment convaincus. C'est pourquoi mon grand rêve serait de convaincre toute la famille Riscal de produire un vin à Jerez, un grand terroir historique qui, avec la Rioja, positionne l'Espagne depuis plus d'un siècle sur la scène viticole mondiale.

Être le directeur technique d'une exploitation viticole aussi importante que Herederos del Marqués de Riscal ne doit pas laisser beaucoup de temps libre. Qu'aimez-vous faire lorsque vous pouvez profiter d'une pause dans vos activités quotidiennes ?

Avec tant de voyages et de temps passé loin de la maison, ce que j'apprécie le plus, c'est ma femme et mes enfants lorsque nous pouvons passer quelques jours ensemble, les voir grandir et partager leurs préoccupations est irremplaçable. Ensuite, j'aime beaucoup la campagne et la nature, et c'est là que nous passons une grande partie de nos week-ends. J'aime les livres et les podcasts sur l'histoire de l'Espagne et jouer au padel ou visiter des musées avec ma femme qui, comme un bon architecte, est passionnée d'art et je ne cesse pas d'apprendre. Voyager avec ma femme et mes enfants dans des régions viticoles est aussi quelque chose que nous découvrons et qui passionne toute la famille.

Enfin, voudriez-vous partager avec nous le dernier vin que vous avez dégusté et qui vous a ému ?

Lors d'un dîner avec ma femme et un ami, il nous a fait goûter un Château Rayas 2006 que j'ai trouvé être un prodige aromatique avec une fraîcheur vraiment surprenante pour son âge. Un classique au profil très moderne et élégant, que j'ai beaucoup apprécié, accompagné de morilles et de poulpe grillé.

Il est vrai que ce vin n'est pas très accessible mais il m'a réconcilié avec le cépage grenache, dont j'avais été un peu déçu. Le Rhône méridional ne cesse de m'étonner et ils ont magistralement interprété cette grande variété espagnole.



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